La vérité

          FICHE POUR LE COURS SUR LA VERITE

DEFINITIONS :

  • Vérité = correspondance entre ce que je dis (langage) et ce qui est (réalité)
  • Mensonge = assertion sciemment contraire à la vérité ( je sais ce qui est mais, intentionnellement, je ne le dis pas ou je dis autre chose).
  • Erreur = Acte de l’esprit qui tient pour vrai ce qui est faux et inversement (je ne dis pas ce qui est mais je peux rectifier lorsque je me rends compte que je me suis trompé).
  • Illusion = interprétation fausse de ce que l’on perçoit de la réalité (je ne dis pas ce qui est car je me trompe en interprétant ce qui est). Illusion difficile à rectifier.
  • Opinion = assertion fragile, croyance subjective incapable de rendre raison d’elle-même
  • Connaissance = assertion vérifiable capable de se justifier

INTRODUCTION :

Par rapport à ses contraires qui évoquent l’égarement, la tromperie ou la trahison, la vérité apparaît comme une valeur incontournable, véritable source de lumière, de connaissance et de confiance.

  • Problématique du cours : Doit-on toujours rechercher et dire la vérité ?

Autrement dit, fait-il partie de notre dignité humaine de nous battre pour assurer que ce que l’on dit s’accorde avec la réalité ou faut-il parfois savoir reconnaître un certain rôle de l’erreur, recourir au mensonge et se laisser aller dans l’illusion ?

I) Il nous faut à tout prix combattre pour la vérité

A) Dans le domaine de la connaissance

Distinction entre vérité et opinion : l’opinion est une croyance subjective et non fondée alors que la vérité est solide et vérifiable. Il arrive que l’opinion soit vraisemblable, cad qu’elle ressemble au vrai, mais elle n’a pas la solidité de la vérité car elle ne connaît pas ses propres fondements.

Dans la vie quotidienne, on peut se contenter d’opinions. Mais pour connaître, il faut sortir de l’opinion, ce qui n’est pas si facile car nous sommes souvent attachés affectivement à nos croyances et opinions.

Référence : Bachelard, La formation de l’esprit scientifique : « La science, dans son besoin d’achèvement comme dans son principe, s’oppose absolument à l’opinion. (…) L’opinion pense mal ; elle ne pense pas »

Une connaissance scientifique ne relève pas de l’opinion ou de l’intuition spontanée. L’adoption d’une méthode rigoureuse et d’un protocole précis sont indispensables pour connaître, au-delà de nos impressions sensorielles.

Référence : Bachelard, La formation de l’esprit scientifique : en sciences, « Rien ne va de soi. Rien n’est donné. Tout est construit. »

Expl : pour connaître le fonctionnement de la matière et la physique des particules, l’observation simple est insuffisante et l’utilisation d’outils techniques ultra-perfectionnés, comme le LHC, est devenue indispensable.

En sciences, recherche de la vérité. Mais la science ne prétend pas atteindre une Vérité absolue telle que les religions et idéologies prétendent la « révéler ». La vérité scientifique est relative et provisoire.

Référence : Popper, La logique de la découverte scientifique : c’est le critère de falsifiabilité ou réfutabilité qui permet de distinguer les sciences des pseudo-sciences ou croyances : un énoncé scientifique peut être considéré comme vrai s’il est falsifiable, cad s’il admet la possibilité d’être à tout moment contredit par une nouvelle expérience.

Expl : dans l’histoire des sciences, la découverte de l’évolution des espèces par un mécanisme de sélection naturelle par Darwin est venue rendre partiellement fausse la théorie de l’évolution des espèces par adaptation directe de Lamarck. Au contraire, l’énoncé « Dieu existe » n’est pas scientifique car il n’est pas falsifiable : je peux interpréter toutes les expériences de telle sorte qu’elles confirment ma théorie.

Référence : Russell, Science et Religion : : « Un credo religieux diffère d’une théorie scientifique en ce qu’il prétend exprimer la vérité, éternelle et absolument certaine, tandis que la science garde un caractère provisoire »

Pendant des siècles, conflits entre science et religion car les découvertes scientifiques venaient remettre en question les dogmes religieux. Certains scientifiques ont risqué leur vie au nom de la vérité scientifique (expression de Michel Foucault : « le courage de la vérité »).

Expl : Giordano Bruno est mort brûlé vif pour avoir affirmé l’héliocentrisme et l’infinité de l’univers.

B) Dans le domaine moral

Vérité au fondement des relations morales et sociales entre les hommes. Le moindre mensonge peut détruire une relation de confiance longue à établir.

Référence : débat entre Benjamin Constant et Emmanuel Kant.

Pour Constant, « Dire la vérité n’est donc un devoir qu’envers ceux qui ont droit à la vérité. », cad qu’il faut savoir mentir à ceux qui ne feront pas un bon usage de la vérité.

Pour Kant au contraire, dire la vérité est un devoir absolu et inconditionnel, qui ne peut tolérer aucune exception. Déjà parce qu’on ne sait jamais comment qqun utilisera la vérité, mais aussi parce que la morale est dictée à notre raison sous la forme d’impératifs catégoriques, dont la formulation impose de toujours agir comme si ce qui motive notre action pouvait être pris comme modèle pour toutes les actions. Il est donc moralement inconcevable de mentir.

II) Il peut parfois y avoir une certaine humanité à renoncer à la vérité, mais la vérité reste pour nous un repère

A) La relativité de la vérité et le rôle moteur de l’erreur

Si on affirme que la vérité est relative, risque de tomber dans le relativisme absolu (toutes les opinions se valent).

Référence : philosophie sceptique de Pyrrhon d’Ellis, selon lequel aucune opinion ne vaut plus qu’une autre car toutes les opinions sont variables et fragiles et ne disent rien de la réalité. Face à cette relativité absolue, la seule attitude sage est le doute. 

Cependant, l’attitude de doute permanent nous impose de renoncer complètement à la connaissance. Pour éviter cet écueil, nécessité de maintenir une certaine valeur de la vérité, notamment de la vérité scientifique, même si celle-ci est relative et falsifiable.

Par ailleurs, rôle de l’erreur dans la connaissance.

Référence : Nietzsche : analogie entre l’erreur et l’errance. L’erreur est déjà une quête, et elle est indispensable à la connaissance, mais aussi à la vie elle-même.

Référence : Alain, Propos sur l’éducation : « il faudrait apprendre à se tromper de bonne humeur. Penser, c’est aller d’erreur en erreur ».

De plus, en sciences, c’est parfois une erreur qui conduit à faire des découvertes : on parle de sérendipité

Expl : Flemming découvre le rôle antibiotique de la pénicilline après avoir laissé des champignons dans des boites de Petri dans son laboratoire pendant ses vacances

B) La dimension morale du mensonge

Certes, le mensonge est nuisible et toujours imprévisible. Cependant, il y a des situations dans lesquelles il peut être plus moral de se taire ou de mentir que de dire la vérité.

Référence : Jankélévitch, L’ironie : « Toute vérité n’est pas bonne à dire; on ne répond pas à toutes les questions, du moins on ne dit pas n’importe quoi à n’importe qui; il y a des vérités qu’il faut manier avec des précautions infinies »

C) Le charme de l’illusion

Illusion négative en ce qu’elle nous éloigne de la réalité.

Référence : Marx, L’idéologie allemande : critique de la religion comme « opium du peuple »

Mais, quand elle est consciente et temporaire, l’illusion peut être charmante et nous permettre un moment d’évasion.

Référence : Nietzsche : l’art est une illusion nécessaire à la vie : « Il serait possible que la véritable nature des choses fut tellement nuisible, tellement hostile aux conditions de la vie, que l’illusion fut nécessaire afin de pouvoir vivre ».

Expl : peintures oniriques de Chagall ; Ballades de Chopin ; poèmes de Baudelaire (Les fleurs du mal, « L’invitation au voyage » : « Là, tout n’est qu’ordre et beauté/ Luxe, calme et volupté »)